Presse

AU FIL DES CIMAISES

Au Château Royal de Collioure

Autié sur tous les fronts

On dirait que ce n'est pas à une mais à trois expositions (au moins) que nous convie André Autié qui occupe jusqu'au 10 juin plusieurs salles du Château Royal de Collioure de 85 peintures et une dizaine de sculptures.

Le visiteur peut, globalement, entreprendre le parcours en trois grandesd étapes - les moutons, l'atelier du peintre, l'abstraction - même si les chemins ont un peu tendance à se croiser et se recouper.

L'intérêt est suscité dès l'entrée par une série sur le tjhème des moutons au pâturage traités non pas dans un style figuratif bêlant (enseigné au début du siècle à plusieurs centaines de victimes par des professeurs de l'Académie des Beaux-Artts d'OLOT par exemple...) mais dans une étonnante manière toute en à-plats quasi géométriques et de volumes donnant un effet proche du monumental. L'ensemble est original, convaincant et sans doute légèrement humoristique.

Seconde étape : la série sur l'atelier de l'artiste. Le sujet est fragmenté, comme éclaté, n'offrant que des visions partielles par des sortes d'interstices matérialisés par des lignes sur la toile.

On pourra préférer la troisième étape composée d'abstractions presqu géométriques tout en restant souples et mouvantes, traitées en camaïeux très sensuels.

En bref, Autié est un artiste aux multiples facettes.

Joël  Mettay  (L'Indépendant)

Extraits de presse

« C’est intéressant de constater qu’il y a un art d’Etat et un art que l’on achète pour soi. Je pense de toute façon que les grandes collections des musées d’art contemporain du XXIème siècle seront constituées de donations de collectionneurs privés. Heureusement, un dialogue, très secret, se maintient entre des gens qui aiment la peinture et ceux qui peignent. C’est une bonne nouvelle, non ? »

Jean  CLAIR

Le virage pictural d’André Autié

« Cela fait pas mal d’années que l’on peut suivre l’évolution d’André Autié, l’excellent peintre de Pézilla la Rivière. Puisant dans un métier solide, ce peintre s’est toujours appuyé sur une représentation figurative du monde qui l’entoure selon une sobriété mettant souvent l’accent sur la poésie des êtres et des paysages. Sans pour autant changer la finalité de sa peinture  dans le témoignage de la vie au quotidien, Autié a quelque peu bouleversé sa palette et sa technique. Délaissant les couleurs sourdes et la gamme des bruns, l’artiste utilise plus volontiers des tonalités chantantes tout en imposant à son travail de la matière davantage de nuances et de transparences. De ce fait, ses compositions donnent une plus grande impression de liberté et notamment ses paysages à l’aquarelle ont beaucoup de fluidité et de légèreté. De même, les scènes de genre s’affranchissent d’une certaine rigidité linéaire pour mieux soutenir l’atmosphère créée par des couleurs pastel.

« Sans parler de rupture, il semble qu’Autié ait pris un virage pictural qui devrait se traduire dans les années par une nette évolution voire une remise en question de son style. L’exposition qui se déroule au Palais des Congrès est ouverte jusqu’au 15 juin. »

Georges Henri GOURRIER
Journal l’INDEPENDANT 1983

André Autié

« La peinture d’André Autié témoigne ici d’une nouvelle orientation dans laquelle son atelier devient objet d’étude qui se morcelle et semble se réfléchir à l’infini. Ce n’est plus ce cadre dans la familiarité duquel nait l’inspiration de l’artiste, il est disséqué sous le pînceau.     

Au lieu d’une vision plate et immédiate, sans mystère, nous n’en avons qu’une approche fragmentée, réfractée dans ces sortes de lames qui découpent la toile. Nous devenons cet œil indiscret qui regarde par les interstices et aperçoit la moitié d’un tableau, un tiroir entr’ouvert …autant d’appels à pénétrer plus avant dans l’atelier, sans pouvoir en saisir toute l’intimité. En aiguisant notre désir d’en connaître plus, l’artiste reste secret. C’est un labyrinthe où le peintre reste insaisissable, comme ces oiseaux qui passent et repassent derrière la verrière de son atelier et ne font que traverser les toiles sous son pinceau, sans jamais se laisser capturer, avec insolence.
Mais voici que s’ouvre une autre voie et c’est un hommage éclatant à Matisse où la danse se fait sardane. Ça n’est plus un envol vers l’extérieur, mais une descente intérieure où le danseur s’absorbe dans le compte infini de ce pas retenu, maîtrisé, le pied pointé vers le sol, dans un piqué où se sent tout le plaisir intense de cette danse inspirée, seul compris des initiés. C’est alors que s’effectue le glissement du figuratif à l’abstrait, où la sardane s’enroule sur Collioure et lui communique son rythme, où les danseurs ne sont plus que mouvement, reliés par le fil de cette ronde qui les enferme dans un cercle magique.

Ce même glissement s’opère lorsqu’André Autié nous engage à dépasser la simple contemplation d’une toile et son chevalet, à nous abstraire de cette représentation immédiate, pour accéder à la forme épurée, sous-tendue par les couleurs, dans une démarche qui n’est pas sans évoquer Mondrian.

Ainsi, cette démultiplication de l‘atelier habitue notre œil à l’abstraction qui en émane. Le peintre s’efface. S’efface également la touche trop révélatrice de son pinceau, de sa présence, pour nous laisser seuls devant ces couleurs pures et ses aplats.

Tout cet ensemble laisse deviner la mouvance où se situe l’artiste, à la frontière du figuratif et de l’abstrait, nous faisant glisser de l’un à l’autre, tout en éduquant notre regard discrètement, à sa vision des êtres et des choses.

Agnès  PROTIN
1996 – Revue « CONFLENT
 »

Nota bene

«Cette exposition de Collioure a été pour moi l’occasion de présenter en trois parties un travail portant sur les années 90 à 96 et marquant une certaine évolution dans ma conception de la peinture. Et tout d’abord l’affirmation forte et statique de la forme à la suite d’un séjour en Irlande, d’une Irlande rude avec ses moutons monolithiques dans ses collines et ses côtes brutales.  Ensuite une explosion iconographique de la forme, désintégration de l’image invitant à pénétrer dans le tableau. Et d’abord des images fragmentées de mon atelier et enfin de la sardane qui m’amena à l’abstraction totale, à la structure interne des formes et des forces en mutation permanente rejoignant en cela la modernité prégnante de la musique et de la sculpture ».

A.A.

« …mystère ultime   de l’art qui subsiste au-delà de nos connaissances les plus détaillées »                                                                                    

Paul KLEE